Danses, dansons dansez !

Danses, dansons dansez !

Tutus et collants autrefois

On trouve très naturel maintenant d'enfiler une paire de collants couleur chair, un justaucorps et hop on peut bouger,sauter, transpirer.. on revient et tout passe dans la machine pour le cours suivant mais c'était tout autre car dans les années 1840 une élève qui venait à un cours de danse revêtait dans les petites classes un costume de travail constitué d'une jupe courte de mousseline blanche ou de satin noir, un corset de basin, des bas de soie blancs et un petit caleçon de percale qui descendait jusqu'au genou !! les élèves fournissaient elles-mêmes cette tenue !

En 1870 les jupes bouffantes couvrent encore chastement le genou, immortalisées par Edgar Degas, familier des coulisses de l'Opéra, dont les peintures témoignent que le costume de scène ne diffère que très peu de celui porté en classe.Deux jupons de tarlatane, de 5 à 6 mètres d'ampleur, froncés et pris dans une ceinture de 15 centimètres de large, et dont la hauteur était comprise entre 50 et 60 centimètres.

Cléo de Mérode raconte dans ses souvenirs qu'à l'âge de 7 ans (en 1882) elle devait porter  : une chemise à queue, cette queue devait être ramenée devant et serrée dans un ruban de taille, puis on s'enfermait le buste dans un corset de coutil, boutonné et ajusté,  on revêtait ensuite un petit pantalon et des bas de cotons retenus par des jarretières ou s'insérait le bas du pantalon. C'était alors le tour du corsage, blanc en baptiste sans manches et largement décolleté avec un léger volant autour de l'encolure. Enfin, venait le juponnage : 2 jupons de tarlatane cousus ensemble par le haut et qu'un apprêt faisait tenir  raides. Une ceinture en forme enserrait la taille. Tout était strictement calculé pour que la masse des jupons soit  mousseuse et évasée..; et pour que la décence soit respectée !!

Ce sont les ballerines italiennes qui, désirant que leurs prouesses sur pointes soient appréciées à leur juste valeur, commencèrent dans les années suivantes à porter des tutus au dessus du genou.
   La célèbre Pierina Legnani (1868-1930) fit un mini scandale au Marinsky lorsqu'elle refusa de danser avec le tutu traditionnel en soutenant que pour rien au monde elle ne consentirait à "mettre le tutu de sa grand- mère"... Elle eut finalement gain de cause, pour le plus grand plaisir de ses admirateurs...

Avec le tutu ainsi raccourci apparurent les trousses, des culottes plus ou moins volantées selon la mode, généralement attachées à la jupe, et on verra par la suite la longueur des costumes diminuer progressivement, de façon à dégager les silhouettes et laisser apparaitre les jambes qui effectuent un travail de plus en plus technique.

    Lorsque Serge Lifar (1905-1986) est nommé directeur de l'Opéra de Paris le tutu est encore la tenue des élèves dans les classes de danse, mais en 1930 une réforme décisive décide qu'il sera dorénavant uniquement réservé à la scène...  S'il perd un empire il n'en acquiert que plus de prestige en devenant l'objet à atteindre ... Car un tutu se gagne et il n'est rien de plus pathétique qu'un tutu exilé sur des jambes qui ne le méritent pas.

    Quelques dix années plus tard, son profil sera modifié par une innovation venue d'Angleterre où les danseuses ravissent le public avec leur tutu galette (pancake tutu) dont la jupe se détache du corps quasiment à l'horizontale...



06/05/2008
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