Danses, dansons dansez !

Danses, dansons dansez !

Anna Pavlova

Anna Pavlova est née le 12 février 1881, deux mois avant terme dans une famille nombreuse à Ligovo (faubourg de  St Petersbourg). Sa mère n'est qu'une modeste blanchisseuse et son père était mort alors qu'elle n'avait que deux ans. Son amour de la danse se déclancha après que sa mère l'eut emmenée voir une représentation de la Belle au Bois Dormant de Marius Petipa.  Ce spectacle impressionna tellement la jeune Anna, âgée de 8 ans, que sa mère finit par l'emmener à une audition à l'Imperial Ballet School où elle fut tout d'abord rejetée, puis prise alors qu'elle avait 10 ans en 1891. Elle fit sa première apparition dans un ballet "Conte de fées" (Fairy tale) dans le rôle de Cupidon.

Les années à l'école de Ballet Impérial furent très dures pour Anna : la technique ne venait pas facilement, ses chevilles très fines, ses pieds très cambrés, ses longues jambes fines faisaient un contraste avec les corps plutôt petits et compacts des danseuses de l'époque. Ses compagnes de cours l'appelaient "Le balais" ou "La petite sauvage" - Pourtant, Anna travaillait sans relâche pour améliorer sa technique. Elle prenait des leçons particulières avec les grands professeurs de l'époque, Christian Johansson, Pavel Gerdt and Nikolai Legat. En 1898, elle entra enfin dans la classe de perfectionnement d'Ekaterina Vazem, une ancienne prima ballerina.
Anna Pavlova a été formée à a stricte discipline, celle de l'Ecole impériale de St Petersbourg où elle était entrée à l'âge de 10 ans.Sa seule famille sera le corps de ballet. Elle vivra plusieurs années dans l'austère communauté, presque monacale de cette école. Toute sa vie Anna n'aura qu'un désir avoir la première place. Elle triomphe grâce à une détermination farouche, se privant de tout travaillant chaque matin pendant 2 heures. Ensuite, les répétitions tout l'après-midi et dès qu'elle est admise 6 mois avant l'examen final dans le corps de ballet, il faut ajouter les spectacles. Nourrie de harengs et de pain noir, lavant ses maillots dans un petite cuvette entre deux exercices, Anna mesure ses chances avec une grande lucidité. Elle a le nez trop long, la bouche trop grande, un teint diaphane, des yeux profonds très noirs comme ses cheveux mais des mains admirables, vivantes, expressives. Et surtout une passion, qui l'éclaire toute en dedans qui en fera la "pure expression de la danse "comme dira Pouchkine.

Pendant sa dernière année à l'école de ballet elle dansa plusieurs rôles en tant que soliste. E, 1899, à l'âge de 18 ans, elle fit partie du corps de ballet en tant que coryphée. Elle fit ses débuts dans un ballet de Pavel Gerdt "Les Dryades prétendues" - la critique fut très positive, on admira la danseuse pour " son ballon naturel, ses élégantes arabesques, et sa fragile féminité..."
Pourtant à côté de l'académisme pur de Petipa, le style de Pavlova déconcertait : un mélange de grâce, de talent, mais aussi une pauvreté en technique (des genoux souvent pliés, des pirouettes baclées, des port de bras impropres).

La Pavlova parut dans de nombreux pas de deux, pas de trois, et dans les ballets comme  La Camargo, Le Roi Candaule, Marcobomba et la Belle au Bois Dormant.

Pavlova était la danseuse favorite de Petipa et grimpa vite dans l'échelle pour être Prima Ballerina en 1906 après avoir dansé une Giselle où les variations avaient été reprises spécialement pour la mettre en valeur. Petipa reprit nombre de Grands Pas pour elle et ajouta quelques variations dans les ballets tels que Paquita Grand Pas classique -

Elle commença a avoir un grand nombre d'admirateurs inconditionnels qui se nommaient eux-même les Pavlovatzi.

Quand la Prima ballerina assoluta of the Imperial Theatres Mathilde Kschessinskaya dû arrêterde danser étant enceinte, elle enseigna à Pavlova le rôle de Nikya dans la Bayadère ; elle était persuadée que Pavlova ne serait pas à la hauteur dans ce rôle difficile et très technique, à cause de ses chevilles trop souples et de ses longues jambes fines. Ce fut tout à fait le contraire car le public adora son air fragile, éthéré, particulièrement dans la scène des Ombres.
Pour mieux monter sur pointe et à cause de la fragilité de ses pieds, elle renforça ses chaussons avec une pièce de bois dans la semelle et en incurva le bout.  Les premiers "vrais" chaussons de pointe apparaissaient ! Ainsi tout le poids pouvait reposer sur l'extrême bout des chaussons ce qui n'était pas le cas pour les danseuses de l'époque.

Elle resta attachée au Mariinsky jusqu'en 1913. Cependant, dès 1908, elle commenca ses tournées internationales qui composeront l'essentiel de sa carrière et l'emmèneront dans quelque 4 000 villes du monde entier. Ses duos avec Vaslav Nijinski dans Les Sylphides et Giselle sont restés dans les mémoires, ainsi que surtout son interprétation de La Mort du cygne du chorégraphe Michel Fokine, d'apres un extrait du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns.

Pendant sa longue et féconde carrière, Anna Pavlova, aura le mérite d'avoir cherché son inspiration dans les sources les plus diverses : danses gitanes,danses hindoues, espagnoles, russes ou turques, gavottes aux valses et.
Mais toujours elle est revenue à Giselle que l'on retrouve quelque mois avant sa mort à l'honneur. C'est qu'elle ressemble comme une soeur à la villageoise de Théophile Gautier, possédée par la danse et qui, après un désespoir d'amour, s'y épuise à mourir pour devenir une de ces "jeunes mortes avant les noces" qui hantent les étangs et attirent les hommes dans un tourbillon mortel.
Pourtant, on ne lui connait pas de chagrin d'amour, pas de noces non plus, elle même disait : "pas de place dans ma vie pour un mari, un enfant ou une vie privée".
Elle a fait un triomphe sur toutes les scènes d'Europe mais est restée fidèle à sa chère Russie. A Londres, après avoir présenté une évocation de la vieille Russie en caftan brodé d'or et haute tiare endiamantée, elle eut la surprise d'entendre la reine Alexandra lui demander de danser Paraguay un intermède sud-américain !! Alors, la Pavlova s'exécuta, toujours vêtue de son encombrant costume !!

Lorsque Diaghilev créa ses ballets russes en 1909, il engagea Anna mais elle ne se sentit jamais à l'aise dans cette troupe. Elle était instinctive, soulevée par son propre élan et surtout était très solitaire. Elle était l'idole de Londres au détriment des autres danseurs. Chaque soir on se pressait pour la voir quitter le théâtre ... et sa sortie était réglée comme un ballet.. sa voiture venait se ranger devant la porte, le cocher allumait l'intérieur de l'auto, puis on apportait des fleurs offertes par les admirateurs, enfin la Pavlova dans ses fourrures et ses mousselines arrivait, jetait quelques roses au peuple puis s'éloignait toujours illuminée comme un carosse !!
Anna Pavlova n'avait pas le goût des choses simples et l'époque incitait à l'extravagance. Dans ses voyages autour du monde, elle emportait en cage ses colibris, et ses hideux bouledogues de race ; dans le parc de sa demeure de Hampstead, près de Londres, les cygnes sur le lac, la gazelle sur la pelouse dont elle étudiait les attitudes pour en avoir la grâce.
L'Angleterre était sa patrie de prédilection, mais pendant des années elle a fait applaudir l'école russe. Elle passait des semaines en mer, dans les trains, accueillie dans les théâtres.

En 1931, à La Haye, elle contracte une pleurésie qui l'oblige à faire le choix entre mettre un terme à sa carrière ou mourir. Mais elle ne put se résoudre à arrêter la danse. Elle décéda le 23 Janvier, 3 semaines avant son 50e anniversaire.

Anna Pavlova aurait déclaré en serrant son costume de cygne contre elle :

« Je désire que mon message de beauté, de joie et de vie continue à être délivré après moi. J'espère que lorsque l'on aura oublié Anna Pavlova, le souvenir de sa danse restera dans le cœur des gens. Si je réussissais ne serait-ce que cela, je m'estimerais satisfaite ».

Selon l'ancienne tradition, le jour où elle aurait du dansé, le ballet fut programmé avec un seul spot sur la scène entourant un espace vide, là où elle aurait dû être. Ses cendres furent placés au colombarium à Londres (Golders Green Colombarium) et l'urne fut décorée d'une paire de ses chaussons.  Ses restes furent finalement replacés à Moscou  au Novodevichy Cemetery à sa demande et après bien des contestations.



08/05/2008
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