Fanny Essler
Fanny Essler a prouvé qu'on pouvait être une grande danseuse sans pour autant vivre dans les airs au milieu des Sylphides ; Fanny Essler ne s'envole jamais, elle reste sur la terre, sans doute pour qu'on la voie de plus près, qu'on admire son ovale si pur, si coquet, si piquant, cette taille cambrée et si souple, ce regard doux mais provoquant, qui promet plus qu'il ne tient.
Fanny Essler est l'expression la plus ravissante, la plus parfaite de la danse terrestre, de la danse sensuelle, alors que Taglioni l'était de la danse aérienne et pudique. Fanny Essler plait aux hommes et les femmes veulent ressembler à Taglioni ! Fanny Essler ne pouvait pas être jalouse des talents de Taglioni : la Terre peut elle être jalouse de l'air ?
Le ballet "la beauté d'Alcine" ne souleva qu'un modest enthousiasme ; le ballet "la tempête" resta bien au-dessous de ce qu'on espérait. On avait eu tort de faire débuter Fanny Essler dans un ballet de poésie ; elle n'était pas faite pour incarner les fées (dans Alcine) il lui fallait des ballets plus positifs, des créations mimées "le diable boiteux", la "gypsy", la "tarentule" ; il lui fallait des ballets de caractère comme "la cachuca, la cracovienne" ; il lui fallait surtout dans ses pas, l'appui et le concours de sa soeur Thérèse : grande, maigre, Thérèse avait accepté auprès de sa soeur de jouer le rôle de "repoussoir".. Dans leurs pas, qu'elle réglait elle même, elle la faisait valoir avec un dévouement plus que fraternel. Elle la soutenait, lui prêtait sa force, c'est ainsi que les deux soeurs intérprétèrent ensemble avec beaucoup de succès et de grâce divers ballets.

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